Avant-propos
Très
récemment, je suis passé de Windows à Linux. Avec le zèle propre aux
récents convertis, et pour la première fois de ma vie, je vais essayer
de faire du prosélytisme, en tentant d'expliquer ce qu'il m'a motivé,
pourquoi vous devriez probablement envisager d'en faire de même, et
comment on peut s'y prendre.
Ceci dit, je n'ai aucune compétence
particulière me permettant de vous donner des leçons. Aussi, je ne peux
que vous inviter à suivre mon raisonnement ci-dessous, et à en tirer
vos propres conclusions.
Introduction
Utilisateur
de Mac OS et de Windows depuis respectivement 1989 et 1993, j'ai
presque toujours été globalement content de ces systèmes d'opération en
tant qu'environnement informatique, que ce soit dans le cadre de mon
travail ou de mes activités privées. C'est probablement un contexte
similaire au vôtre : traitement de texte, tableur, internet, e-mail, un
peu de graphisme, un peu de jeux.
Je
n'ai ni affection, ni animosité particulière vis-à-vis des sociétés
Microsoft ou Apple, qui sont là pour gagner de l'argent en vendant des
produits, comme n'importe quelle autre société commerciale. Je n'ai pas
non plus de problème de fond avec la qualité de leurs produits : elle a
varié et évolué avec le temps, et comme tout le monde j'ai vécu et/ou
entendu des anecdotes plus ou moins agréables, des crash, des écrans
bleus ou une icône triste, des heures de travail perdues (mais on
acquiert vite le réflexe du pomme/ctrl-S !). Je trouve que Windows XP
est un produit bien abouti, agréable à utiliser. Je n'ai
personnellement jamais utilisé Mac OS X, mais je suppose qu'il en est
de même.
Alors, tout va bien ?
Non. tout ne va pas bien, et cela pourrait se résumer en un seul mot : Monopole, et surtout ses conséquences actuelles et futures.
Monopole ?
La société Microsoft,
et plus précisément ses produits "Windows" et (un peu moins) "Office",
occupent aujourd'hui une place prépondérante dans le parc informatique
mondial, avec des parts de marché écrasants, notamment dans le monde
des ordinateurs individuels (professionnels et privés). Apple, le n° 2 des OS commerciaux pour PC, détient moins de 5% du marché.
Conséquences du monopole
Pour
survivre et payer des dividendes aux actionnaires, une entreprise doit
croître, augmenter son chiffre d'affaires. Le problème pour une société
qui possède un ou plusieurs monopoles est que, à une moment ou un
autre, on ne peut plus vendre son produit car tous les clients
potentiels le possèdent déjà. A titre de comparaison : si vous jouez au
Monopoly (le bien nommé) et vous possédez toutes les rues, vous ne
pouvez plus gagner de l'argent : vous possédez déjà tout le contenu du
coffre, et la banque en plus ! Microsoft se trouve dans cette position
paradoxalement inconfortable avec "Windows" et, dans une moindre
mesure, avec "Office".
Il
y a plusieurs solutions à ce problème, et Microsoft les utilise toutes.
Les plus classiques sont l'expansion horizontale (diversification des
segments de marché, par exemple en se lançant sur le marché des
consoles de jeux ou encore celui du téléphone mobile) et l'expansion
verticale (intégration de produits en amont et en aval, "Office" en est
un exemple par rapport à "Windows"). On pourrait même parler d'expansion diagonale, dans des cas comme le marché de la protection de contenu musical, liée à l'utilisation de logiciels spécifiques.
Comment ça se traduit pour l'utilisateur ?
Allons-y
par un exemple, celui du traitement de texte. Si vous écrivez un texte,
que ce soit une lettre, un CV ou un article, et disons que vous le
faites par le logiciel de traitement de texte le plus répandu au monde
("Word", de Microsoft), votre document, dûment enregistré sous le
format ".doc", sera lisible par la quasi-totalité des utilisateurs de
PC du monde, y compris ceux qui n'utilisent pas le logiciel "Word".
Cette "universalité" risque de de disparaître sous sa forme actuelle, et ce pour au moins trois raisons :
Formats propriétaires
Le
format ".doc" n'appartient pas à l'humanité : il appartient à
Microsoft, c'est ce que l'on appelle un format propriétaire.
Aujourd'hui, la plupart des logiciels de traitement de texte
savent lire et/ou importer du texte en provenance de Word, et
enregistrer et/ou exporter sous ce format. Mais des lois et des
règlements sont soit en préparation (en Europe : EUCD ),
soit ont déjà été votés (États-Unis : DMCA) interdisant, entre autres,
l'ingénierie inversée ("reverse engineering"). Le résultat direct pour
les formats propriétaires est que d'autres sociétés n'auront pas le
droit de 'déchiffrer' des formats des logiciels de la concurrence, et
que toute compatibilité directe de logiciels disparaîtra.
Qui
bénéficiera de ce Tour de Babel informatique ? Celui qui possède le
format le plus répandu, en d'autres mots : Microsoft. Pour pouvoir lire
un cahier de charges d'un client, écrire un CV à un employeur
potentiel, il sera quasiment indispensable de posséder "Word".
Contrôle piratage logiciel
Donc
bientôt on ne pourra plus lire des documents "Word" par un autre
logiciel que "Word". Mais "Word", ça se trouve ... Qui n'a pas utilisé
au moins une fois un logiciel 'piraté' (une copie transmise par un
copain, une application trouvée sur internet, ...) ? Il semblerait que
les OS et logiciels de Microsoft soient parmi les plus copiés (et je
veux bien le croire. Ce sont des applications qui tiennent la route, et
ils permettent effectivement d'accéder à un très grand nombre de
documents ).
Pour mettre un
frein aux copies illégales de ses logiciels et de son OS, Microsoft a
tout essayé. Windows XP, avec ses contrôles et re-validations exigées
de manière aléatoire (et surtout après un changement matériel) est un
exemple récent qui nous donne un avant-goût de ce qui nous attend dans
un futur pas si lointain :
L'informatique sécurisée de la prochaine génération
("next-generation secure computing base for Windows") est le nouveau
nom que Microsoft à donné à un projet appelé 'Palladium' jusqu'au mois
dernier. Une des grandes idées de ce concept est le contrôle, au
démarrage de l'ordinateur, des éléments matériels et logiciels
présents, à l'aide d'un tandem soft-hard (logicel/matériel)
permettant d'identifier, entre autres, les logiciels installés de
manière, disons, cavalière. Identifier, et probablement désactiver 'à
la Windows XP' si aucune preuve de détention de licence n'est fournie.
Contrôle du contenu
Donc
bientôt on ne pourra lire des documents "Word" qu'avec une copie
officielle et validée de "Word". Mais ce n'est pas tout : une autre
initiative de Microsoft, liée à celle mentionnée ci-dessus (et payante
bien sûr, rappelez-vous, Microsoft est obligé d'augmenter son chiffre
d'affaires) appelée 'Gestion des Droits Digitaux (DRM pour 'Digital
Rights Management') va encore plus loin. Elle permettra de gérer la vie
d'un document donné : les droits de lecture, d'impression, de copie et
de diffusion pourront être définis à la création du document. Le
respect de ces droits sera assuré par des 'tiers de confiance'
("clearing houses"), moyennant identification et /ou payement.
Ceci
n'a aucun rapport avec le chiffrement de données ou la signature
digitale que l'on peut utiliser dans la correspondance par internet
entre fournisseurs, clients, collègues, amis et famille. Le
chiffrement et/ou la signature digitale prouvent que tel document vient
bien de moi, et qu'il est bien pour vous. Après, vous en faites ce que
vous voulez.
A
l'opposé, le contrôle DRM n'est pas seulement là pour s'assurer que
vous êtes le bon destinataire : il sert surtout pour s'assurer que vous
ne faites pas ce que vous voulez avec le document. La distinction est importante, et le venin du DRM est là : ce n'est pas vous qui êtes protégé par rapport à quiconque, c'est votre ordinateur qui est protégé contre vous !
Cet exemple concerne un document de traitement de texte. La stratégie de Microsoft prévoit que la même chose s'appliquera à tout
type de document, et en premier lieu aux fichiers audio et vidéo.
L'industrie musicale et cinématographique est à la recherche de
protections efficaces contre les échanges de fichier 'sauvages' sur
Internet, et Microsoft compte bien vendre des licences DRM à ces
sociétés.
Donc, comment ça se traduit pour l'utilisateur ?
Si
les choses se déroulent comme prévu par Microsoft, l'utilisateur aura
droit à une uniformisation imposée des OS, logiciels et formats,
couplée à une perte de contrôle sur vos propres documents. Le tout au
profit (dans tous les sens du mot) d'une seule société.
La taxe Microsoft
Si on ajoute les montants qui, directement ou indirectement, iront vers Microsoft :
(et je suis sûr d'en avoir oublié), on peut penser qu'en
moyenne, chaque consommateur contribuera à hauteur de 100 à 150 ¤ par
an au bonheur économique de Microsoft et ses actionnaires, c'est à dire
autant ou plus que la redevance télé !
Je
ne suis pas opposé à ce qu'une société gagne de l'argent. Mais
personnellement, je ne souhaite pas payer une "Taxe Microsoft"
annuelle. D'autant plus que la Taxe Microsoft aidera à financer la restriction de mes propres droits et libertés.
Mais que fait la police ?
En avril 2000, Microsoft a été déclaré coupable d'abus de position dominante par un juge américain. Microsoft
a été condamné (entre autres) à une division en deux entités : une pour
le développement et la commercialisation de systèmes d'opération
("Windows"), l'autre pour les logiciels.
En
juin 2001, cette décision de justice a été annulée par un jury, qui n'a
pas pour autant déclaré Microsoft innocent de pratiques
anti-concurrentielles.
En novembre 2001, Microsoft et le département de justice américain ont conclu un accord à l'amiable.
En novembre 2002, cet accord a été entériné par la même justice
américaine. De manière générale, on estime que Microsoft est sorti
indemne de ce procès qui a duré cinq ans.
En Europe, une enquête de la Commission Européenne sur les pratiques commerciales de Microsoft est en cours ;
les conclusions étaient attendues pour la fin de l'année 2002, mais
finalement sera pour le début de l'année 2003. Certains espèrent que
Microsoft a été condamné à une amende à hauteur de 10% de son chiffre
d'affaires mondial.
Ce
mois-ci, une association d'industriels (dont AOL, Sun, Nokia, Fijitsu,
Kodak et Oracle) a porté plainte contre Microsoft auprès de la
Commission Européenne. Objet de la
plainte : Microsoft abuse de sa position dominante, et les nombreux
logiciels et applications qui viennent avec Windows XP empêchent la
concurrence de s'exprimer de manière loyale.
Autrement
dit, la police, plus précisément la justice (et la politique ... Bill
Gates a récemment été accueilli par l'assemblée nationale italienne)
travaille, lentement et pour l'instant sans résultat probant. Ce n'est
pas totalement illogique : on a rarement connu une entreprise privée
avec un tel monopole, de qui plus est dans un domaine relativement
nouveau avec des possibilités et une envergure sans précédent. Pas
étonnant que ni la justice ni la politique possèdent les moyens
adéquats pour gérer cette situation.
Et vous, que faites-vous ?
Sans attendre les décisions de justice, vous pouvez déjà vous poser les questions suivantes :
est-ce que je souhaite utiliser un OS, des applications et des formats imposés, sur lesquels je n'ai aucun regard et que je n'ai pas le droit de modifier ?
est-ce j'accepterai que quelqu'un d'autre que moi contrôlera mon ordinateur et mes fichiers ?
suis-je d'accord pour payer une Taxe Microsoft annuelle pour accéder à mes propres documents ?
Si
vous êtes actuellement utilisateur Microsoft, et si avez répondu 'non'
à au moins une des questions, vous devriez à mon humble avis
sérieusement envisager de changer de système d'exploitation et de
logiciels.
Vous
pouvez par exemple migrer vers le monde Macintosh. La société Apple
n'est pas en position de monopole, et n'est donc pas obligée
d'appliquer les mêmes méthodes que Microsoft pour assurer son
expansion.
Vous pouvez également entrer dans l'univers Linux. Cette
solution présente plusieurs avantages par rapport à l'alternative
Macintosh : vous n'êtes pas obligé de changer d'ordinateur, et Linux,
ainsi que la majorité d'applications écrites pour Linux, c'est gratuit
...
Dans quelques jours, et ce sera le sujet d'une autre contribution, je vais tenter de démontrer que
Linux n'est pas réservé aux pros de l'informatique
Tout ce que vous faites actuellement avec votre ordinateur, vous pouvez le faire sous Linux
Le passage à Linux est totalement sans risque (et réversible, si jamais vous avez des regrets)
L'installation de Linux est abordable pour tout le monde
Vous
n'avez pas envie d'attendre l'article suivant ? Comme vous avez raison,
d'autant plus que je n'ai aucune idée à quelle date il sera terminé.
Dans ce cas, et si je peux me permettre, deux conseils :
Faites
des recherches sur internet avec les mots-clé "Linux" et "newbie" ou
"débutant" : des (dizaines de) milliers de sites vous proposent de
l'aide, des conseils, des tuyaux et plus. Tout ça est bien entendu
gratuit, et il y en a pour tous les goûts et tous les niveaux. Vous pourriez, mais ce n'est qu'un exemple, commencer par le site
Linux Entre Amis.
Étant
donné que la très grande majorité des utilisateurs Linux ont eux aussi
migré un jour à partir de Mac ou Windows, vous trouverez toujours une
oreille attentive, un accueil chaleureux et une réponse à vos
questions.
Procurez-vous le
CD de Knoppix : il vous permet de tester Linux
sans aucune installation ,
il suffit de démarrer sur le CD. C'est d'ailleurs bien plus qu'un test
: le CD contient, à part une version complète de l'OS Linux, des
milliers d'applications, dont plusieurs traitements de texte, tableurs,
des logiciels de lecture de musique (CD, mp3, ogg, ...) et de fichiers
vidéo (DVD, DivX, ...). En tout il y a l'équivalent de 1,7 Go de
logiciels. De vrais logiciels, pas des démos, ni shareware, pas de
fonctionnalités ou durée d'utilisation réduites. Incroyable ? Oui, mais vrai. Ce CD est téléchargeable ici :
knoppixfr.org.