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Suite au vote des députés en faveur du Peer-to-Peer et face à la
menace d'un passage de la loi, j'ai pris ma plume pour écrire au
ministre. Actuellement, j'attend la réponse de ses services.
Bonjour Monsieur le Ministre,
Vous êtes en passe de faire voter (ou plutot vous revenez sur une
décision républicaine) le texte de loi DADVSI (droits d'auteurs et
droits voisins pour la société de l'information). Je peu comprendre que
le fait que votre projet soit rejeté vous attriste, par contre j'ai du
mal à comprendre comment vous pouvez nier le fondement même de notre
société (à savoir le pouvoir du parlement). Notre pays est-il aux mains
d'une élite à même de décider contre tous ?
Parlons des intérêts que vous défendez. S'il parait évident à chacun
qu'il faut défendre les intérêts des ayants droits, il faut en même
temps se rappeler qu'ils défendent un comportement excessif.
Pour m'illustrer je vais prendre un exemple: à Noel, je me suis fait
offrir le dernier DVD de Star Wars, le coùt d'un DVD est supérieur à
celui d'une VHS. Etonnant: un DVD requiert des machines beaucoup plus
simples et plus économiques pour les produire ! Pour justifier un prix
excessif, les maisons d'édition nous 'offrent' des bonus, en fait des
chutes de films mal traduites et constemment répétées (Rarement
visualisée: en terme juridique, on parle de vente forcée). Quelle est
la valeur ajoutée ? Il est vrai que ces sociétés ont pris pour habitude
de vendre leur produit avec plus de marge (CD plus chers que les
vinyls, ...), je comprend qu'il est difficile de 'perdre' la poule aux
oeufs d'or et je comprend leur point de vue. Mais je crois qu'il faut
ramener les prix à un meilleur taux.
Comment expliquer que des DVD vendus 30 Euros se retrouvent à 5 (voir
2,95 Euros chez Mc Donald en offre cumulée) et ce sans bafouer les
droits d'auteurs ???
Etes vous sur de défendre des intérêts louables ?
Etes vous persuadé de ne pas cautionner un système faussé ?
Dernière remarque: je suis grand utilisateur (et consultant
indépendant) de Linux. Comment simplement avoir le droit de visualiser
un DVD ou de lire un CD si votre lois interdit toute tentative de
déprotection des médias ? Voullez vous me condamner avant même avoir
déterminé si je suis coupable de quoi que ce soit ? A l'heure actuelle,
quand je me procure des CD ou DVD vierge pour réaliser des copies de
logiciels libres, je suis condamner à payer une taxe contre la copie: je
n'ai pas souvenir d'avoir été jugé. Est-ce là votre justice ?
Je souhaite que ces quelques mots vous feront réagir un peu plus sur les arguments des députés qui ont rejeté votre loi.
Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'années.
Serge NOEL
Depuis ce vendredi 25 novembre, la communauté du libre et de l'open
source se remobilise. L'occasion? L'irruption d'un amendement 'VU/SACEM/BSA/FT Division Contenus' au projet de loi DADVSI (droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information).
Ce projet de loi conclue les travaux de la Commission spécialisée portant sur les aspects juridiques des œuvres sur l'Internet - dite Commission Sirinelli du nom de son président, Pierre Sirinelli, professeur des universités - auprès du Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, créée en novembre 2004.
Cet
amendement, dénoncé, vise à assimiler à un délit de contrefaçon,
l'édition, la diffusion et la promotion de tout logiciel susceptible
d'être utilisé pour mettre à disposition des informations protégées par
le droit d'auteur et n'intégrant pas un dispositif de contrôle et de
traçage de l'usage privé.
Seraient donc visés les logiciels qui permettent le téléchargement, mais aussi certains logiciels de discussion instantanée (chat), et tout logiciel serveur, P2P, HTTP, FTP, SSH...
On
mesure ici le danger pour le domaine des logiciels libres, l''open
source', et même l'avenir de certains principes d'Internet, espace
d'échange et de liberté.
Certains logiciels de P2P (peer-to-peer)
permettent, il est vrai, des échanges illégaux de fichiers qui bafouent
les droits du copyright: ils sont ici directement visés. Mais le
problème est que le P2P n'est pas que cela: il devient une technologie
qui s'intègre aux plus grandes applications (il sera par exemple
présent dans Windows Vista). Or, le texte proposé en quasi catimini, un
vendredi soir, est suffisamment flou et large pour menacer un pan
entier de l'activité du logiciel !
En effet, le texte de l'amendement, initié par Vivendi Universal, vise à interdire "l'usage
de code informatique lié à tout système d'échange de données, une
démarche qui devient essentielle avec la convergence des technologies".
Sauf s'il dispose d'un système de contrôle, c'est-à-dire soumis à
l'approbation et au contrôle de l'industrie. Une autorisation légale
aux logiciels espions, en quelque sorte !
"Le loup est sorti du bois", s'insurge, dans un communiqué, Christophe Espern, co-fondateur de EUCD.info, émanation de la Fondation pour le logiciel libre.
"Comment
des personnes peuvent-elles à la fois prétendre défendre la culture et
vouloir faire interdire les seuls logiciels permettant à tous d'y
accéder ? À mon sens, la contradiction n'est qu'apparente : leurs
intentions visent le contrôle du public. La culture n'est qu'un
prétexte!".
Et il relate des propos pour le moins
inquiétants proférés lors de la dernière réunion de la Commission
Sirinelli au ministère de la Culture : "Vous allez changer vos licences" auraient déclaré peremptoirement le SNEP et la SCPP.
Et la SACEM aurait ajouté : "Vous allez arrêter de publier vos logiciels".
Si cet amendement était voté, la société des auteurs/compositeurs se dit prête à "poursuivre les auteurs de logiciels libres continuant de divulguer leur code source".
Cette affaire a tout d'une méthode peu glorieuse visant à une "adoption en douce"
de textes controversés publiés au niveau national comme au niveau
européen. Souvenons-nous du projet de loi sur les brevets logiciels
glissé subrepticement dans les projets d'une commission de la pèche!
Cet amendement 'VU/SACEM/BSA/FT Division Contenus'
prend des allures de tentative détournée de passer 'en douce' et dans
l'indifférence générale une mesure réservée aux géants des médias
culturels, sans se préoccuper des conséquences dramatiques pour le
monde du libre.
En savoir plus : www.fsffrance.org ; www.eucd.info ; www.gnu.org.
Réaction : 'Comment occulter les lois ?'
Bertrand Bruller, professeur à l'Ecole Centrale Paris, et co-animateur d'une association sur le Logiciel Libre, réagit vivement:
Tous
les moyens sont bons pour que l'industrie de l'audiovisuel maintienne
ses marges sur les produits! L'argument de l'accès à la culture que
cette industrie évoque, est aussi éculé que le thème de la liberté pour
les partis d'extrême droite révisionnises.
Nous avons vu
l'ancien Ministre de l'industrie, Patrick Devejian, approuver le projet
de brevet du logiciel alors que le Président Chirac avait promis le
contraire. L'ancien ministre n'est pas sorti grandi de cette
pantalonnade.
On peut considérer que tout est possible d'un
gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, concernant un
dossier très technique pour peu qu'il soit manipulé en coulisse par un
lobby puissant.
Si l'on examine la composition de cette
commission du Conseil supérieur de la propriété littéraire et
artistique, dite commission Sirinelli, on se trouve devant un tribunal
digne des "animaux malades de la Peste" par Jean de La Fontaine.
Tous
les représentants ont des intérêts liés à l'industrie audiovisuelle. On
est sûr que leur recommandation ira dans le sens voulu par les
industries audiovisuelles, lesquelles sont totalement indifférente aux
intérêts du logiciel libre.
Nous en sommes à envisager de
poursuivre l'inventeur de la pince monseigneur pour les délits que ce
sympathique outil aurait permis de réaliser. Et, pendant que l'on y
est, pourquoi ne pas interdire le PC parce qu'il est un outil
susceptible d'entraver les intérêts de Vivendi! Sur le plan juridique,
l'intention ne crée pas le délit mais la possession d'un outil avec
lequel il est possible de commettre un délit, va constituer un autre
délit. Gare aux possesseurs de cures dents.
Nous tendons ainsi,
petit à petit, vers une démocratie dite en catimini qui consiste à
"cacher des lois", dans des textes anodins. Nous savons que le Conseil
Constitutionnel adore ce genre de pratique.
La dimension
mondiale d'Internet rend ce genre de loi inopérant, mais en revanche
couvre de ridicule un gouvernement qui n'a pas besoin, en ce moment, de
ce genre de publicité.
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